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 Les phrases latines.

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Clancularius
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MessageSujet: Les phrases latines.   Ven 20 Oct - 12:48

Depuis quelques jours, sur Discord, je garnis le salon #latin de "phrases du jour". Devenu un véritable rendez-vous quotidien pour prendre votre dose condensée de choses vraiment très intéressantes et comme c'est le fruit d'un vrai travail, je vous fais parvenir tout ça ici. Je vais vous faire un message différent pour chaque "phrase du jour" passée.

L'idée de la phrase du jour a commencé sans ambition avec ce message, le 11 octobre 2017 :

Citation :
Je vais peut-être proposer une expression latine par jour... aujourd'hui, je propose "vincit qui patitur"... vous pouvez voir la traduction sur ma capture d'écran, bande de fainéants. è_é

Je vous mets tout de même la traduction ici et, peut-être que plus tard, je compléterai ça avec un long paragraphe dont j'ai le secret, j'éditerai ce message au besoin.
La traduction : "Il l'emporte, celui qui souffre".

Edit : Cette citation est attribuée à Perse (Aules Persius Flaccus), poète du Ier siècle après J.-C. dont on ne sait pas grand chose si ce n'est ses quelques Satires et son influence stoïcienne. La phrase est d'autant plus ouverte à interprétation sans son contexte. On peut comprendre que les épreuves surmontées nous rendent plus forts ("ce qui ne tue pas rend plus fort" dirait Nietzsche). Souffrir, c'est ne pas mourir mais supporter l'adversité, alors, celui qui souffre est vainqueur. Il existe une autre locution qu'on peut associer à celle-ci : "vincit qui se vincit" soit "il est vainqueur celui qui se domine".
On remarquera le pronom indéfini "qui" qui est le même qu'en français et qu'on retrouve dans les proverbes et adages ("qui bene amat bene castigat" -> "qui aime bien châtie bien"). Ce mot garde, dans notre langue moderne, une trace du neutre latin.


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MessageSujet: Re: Les phrases latines.   Ven 20 Oct - 12:51

Le 12/10/2017 :

La phrase latine du jour : "Vir prudens non contra ventum mingit." qui est assez transparente hormis le verbe ("mingo", qui signifie "uriner") et qui signifie "un homme prudent ne pisse pas contre le vent". On peut voir divers sens métaphoriques à cette phrase et la rattacher au proverbe plus moderne : "Qui pisse contre le vent mouille sa chemise." Effectivement, lutter à contre-sens, parler contre l'avis de la majorité, peut être risqué. Les pisseux sont-ils alors des lâches qui n'osent pas élever leur voix contre l'avis général ?
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MessageSujet: Re: Les phrases latines.   Ven 20 Oct - 12:52

Le 13/10/2017 :

La phrase latine du jour : "Caesar non supra grammaticos" --> "César n'est pas au-dessus de la grammaire." Cette phrase sympathique qui rappelle que personne n'est légitime pour parler n'importe comment a un lourd contexte historique et dans une époque qui est loin de mes spécialités. La phrase a été prononcée par un cardinal à l'encontre de Sigismond Ier (empereur romain germanique, donc, ceux-là se permettaient le titre d'"empereur des Romains" de façon peut-être biscornue, parce qu'ils avaient pris possession de Rome) au début du XVème siècle, lors du concile de Constance. Ce concile visait à régler une forte division au sein des catholiques, bref, ça a fini par plein de mecs brûlés sur le bûcher. L'erreur de Sigismund portait sur le genre du mot "schisma" (le schisme, soit la "division" dont je parlais chez les catholiques, le terme historique est "le Grand Schisme d'Occident", on comprend donc que c'était un nom très important au sein de ce concile), il avait pris ce mot pour un nom féminin, effectivement, il se termine par un "a" comme ces nombreux noms féminins de la première déclinaison (rosa, fama, etc.). Or, ce mot venant du grec garde son genre neutre dans sa version latinisée. Quand Sigismund s'est trompé sur le mot, les cardinaux le lui ont gentiment fait remarquer et celui-ci a rétorqué, qu'en tant qu'empereur, il donnait le genre qu'il voulait aux noms (le gros boulard, quoi, déjà qu'il se fait appeler "empereur"). L'un des cardinaux s'est vénère et lui a balancé dans sa face "Caesar non supra grammaticos", César (soit le titre donné aux empereurs romains) n'est pas au-dessus de la grammaire.
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MessageSujet: Re: Les phrases latines.   Ven 20 Oct - 12:53

Le 14/10/2017 :

La phrase du jour : "Sol omnibus lucet." C'est-à-dire : "le soleil luit pour tous." Il s'agit d'un extrait du Satyricon de Pétrone, texte dans lequel il se trouve des choses très drôles. Le narrateur, Encolpe, émet cette réflexion lors d'une nuit où il s'inquiète des rivaux qu'il peut avoir pour le coeur du jeune homme Giton. Ainsi, comme le soleil lui pour tous, l'amour de Giton est disponible à chacun et il se fait la réflexion qu'il faut pouvoir en profiter sans vouloir chasser tous les potentiels amants. Je vous mets l'extrait ici (en français, je suis gentil).

Soucieux, je réfléchissais que je venais d'admettre dans mon intimité Eumolpe, rival bien plus dangereux qu'Ascylte, et cela me tourmentait fort. C'est par la raison que je surmontai mon chagrin : « Il t'est pénible, me disais-je, que cet enfant plaise à un autre. Mais dans ce que la nature a créé de meilleur, qu'y a-t-il qui ne soit commun à tous ? Le soleil luit pour tous. La lune, avec son cortège innombrable d'étoiles, guide la bête sauvage elle-même cherchant pâture. Que peut-on trouver de plus beau que les eaux ? Cependant elles coulent pour tout le monde. Et l'amour seul serait une propriété dont on ne pourrait s'emparer sans vol au lieu d'un don gratuit de la nature ! « Et pourtant, nous n'apprécions un bien que si les autres nous l'envient... Un seul rival, et vieux par-dessus la marché, ce n'est pas bien grave. Même s'il tente de faire quelque chose, il perdra haleine avant d'arriver au but de ses désirs. » Devant l'invraisemblance d'une telle tentative, mes appréhensions se calmèrent et, me couvrant la tête de mon manteau, je fis semblant de dormir.

Pour lire plus, sur cette page vous pouvez trouver, à gauche, la version française et, à droite, la version latine. Mon extrait commence dans le début du dernier paragraphe de la page : http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Petrone_satiricon/lecture/20.htm


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MessageSujet: Re: Les phrases latines.   Ven 20 Oct - 12:54

Le 15/10/2017 :

La phrase du jour : "Magister dixit". C'est-à-dire "Le maître l'a dit." Ici "magister" s'entend dans le sens de "maître d'école", celui qui enseigne, le mot a donné en français "maître" et "magistral". La formule tend à conclure les débats par argument d'autorité. Elle était particulièrement utilisée au Moyen Age où la pensée aristotélicienne était imposée et indiscutable et le "magister" en question n'était autre qu'Aristote. Si Aristote l'avait dit, c'est que c'était vrai et on n'avait pas à discuter. Si vous connaissez e-penser, vous comprendrez pourquoi Bruce en veut autant à Aristote. Ce philosophe a imposé beaucoup de conneries scientifiques durant une longue période de l'Histoire occidentale. Si, à l'époque, la formule permettait de couper court aux contestations, elle peut être aujourd'hui utilisée de façon ironique pour mettre fin à des discussions stériles en montrant que l'interlocuteur ne veut de toute façon pas se défaire de ses idées parce que telle personne les a émises. On utilisait aussi l'expression "ipse dixit" qui signifie "lui-même l'a dit" et fait référence à la même personne.
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MessageSujet: Re: Les phrases latines.   Ven 20 Oct - 12:56

Le 16/10/2017 :

La phrase du jour : "Ô homines ad servitutem paratos !" soit "Ô hommes prêts à toutes les servitudes !" La phrase est écrite par Tacite dans les Annales (je vous recommande moins cette lecture que le Satyricon, c'est quelque chose de fastidieux à lire mais ça vous intéressera peut-être si vous êtes passionnés d'histoire). L'historien rapporte les propos de l'empereur Tibère qui aurait prononcé cette phrase en grec après chaque séance au sénat. Tibère est un vrai empereur de l'empire romain, cette fois, il a régné au Ier siècle après J.-C. et son successeur est Caligula. "Mais pourquoi a-t-il prononcé cette phrase en grec ?" Me demanderez-vous. Toute personne bien éduquée maîtrisait très bien le grec et cette langue était celle des sentiments profonds, on l'utilisait pour tenir des propos importants qui sortaient du fond du coeur. Ainsi, Jules César mourant aurait dit, selon l'historien Suétone, "Καὶ σύ, τέκνον" (kai su teknon, pour les non-hellénistes) soit "toi aussi, mon fils" qu'on retient dans une version latine "tu quoque mi fili", mais c'est une autre histoire. Ce qui affligeait tant Tibère, c'était de voir la bassesse des hommes qui n'hésitaient pas à voter tous les titres et toutes les attributions qui flattaient l'égo de chacun. Si cet empereur n'appréciait pas l'idée que le peuple puisse décider, il voyait avec dégoût sa soumission aux puissants, auxquels il accordait docilement toutes les flatteries non méritées.
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MessageSujet: Re: Les phrases latines.   Ven 20 Oct - 12:57

Le 17/10/2017 :

La phrase du jour : "Iovis erepto fulmine per inferna vehitur Promethei genus " soit "Grâce à la foudre de Jupiter, à travers les enfers, est transporté la race de Prométhée." et il s'agit de la devise du métro parisien.

Le premier mot "Iovis" (un i majuscule) ou "Jovis" est le génitif irrégulier pour "Juppiter". Le sujet de la phrase est "genus Promethei" = la race de Prométhée/la race créée par Prométhée, c'est-à-dire l'être humain. Il est assez peu idiomatique de voir ce sujet à la fin de la phrase. Le verbe est "vehitur", il s'agit du verbe "veho" à la troisième personne du singulier au présent passif et signifie "transporter". Ce verbe a donné notamment les mots "véhicule" et "véhiculer". Si nous poursuivons notre analyse grammaticale, nous remarquerons ce qui se traduit par deux Compléments Circonstanciels : "per inferna" : à travers les enfers, le mot "inferna" est ici du neutre pluriel mais le mot "enfer" est toujours utilisé au pluriel en latin. Il est utilisé à l'accusatif parce qu'il y a une notion de mouvement dans la phrase et les CC de lieu se font avec l'accusatif lorsqu'il y a du mouvement alors qu'on utilise l'ablatif dans les autres cas. Le deuxième complètement circonstanciel se trouve dans une forme grammaticale emblématique du latin : l'ablatif absolu. L'ablatif absolu est une proposition composée d'un participe et d'un nom ou pronom tous deux à l'ablatif. La traduction des ablatifs absolus est très susceptible à interprétation car on doit s'appuyer sur le contexte pour décider de quelle valeur donner au complément circonstanciel en français. S'agissant d'un participe passé "erepto" du verbe "eripio" (=voler), on donnera une valeur passée à la traduction, littéralement, ça donne "la foudre ayant été volée" et le génitif "Iovis" indique l'appartenance, il s'agit de la foudre DE Jupiter.

La phrase a été créée par Fulgence Bienvenüe, l'ingénieur en chef du métro de Paris, à qui son père a transmis l'amour du latin. Quand il parle de "la foudre volée à Jupiter", il fait référence à l'électricité qui fait avancer les trains, "les enfers" c'est parce que le métro est souterrain. L'électricité permet aux hommes de voyager sous terre. On remarquera évidemment la très forte référence au mythe de Prométhée selon lequel Jupiter a retiré le feu aux hommes pour punir Prométhée et ce dernier l'a volé par la suite pour le rendre aux hommes.


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MessageSujet: Re: Les phrases latines.   Ven 20 Oct - 12:57

Le 18/10/2017 :

La phrase du jour : "Ira furor brevis est" qui signifie en français "La colère est une courte folie". On retrouve le mot "ira" qui a donné le mot "ire" en français, synonyme de "colère".

Il s'agit d'un extrait de l'épître à Lollius d'Horace dans laquelle l'auteur enjoint son lecteur à maîtriser ses sentiments. Horace traite de la colère mais pas seulement, il y évoque les désirs et les passions que l'on doit réfréner et, dans le même temps, il commande à son disciple d'oser être sage ("sapere aude").

La personne à qui il écrit, un certain Lollius, ne semble pas très bien connu, on connaît un homme ayant porté ce nom (un homo novus dans le monde politique, devenu général au début de l'empire) mais le destinataire de la lettre serait vraisemblablement le fils de cette personne.

Dans le passage où il est question de la colère, Horace explique en quoi elle est une folie momentanée : on perd son discernement et ce que l'on fait sous le coup de la colère, on le regrette ensuite. L'auteur prône la tranquilité de l'esprit et nous rappelle que les biens matériels sont bien dérisoires quand notre âme est soucieuse et que si nous ne gourvernons pas notre passion, c'est elle qui nous commande (sic). Cette maîtrise de soi est alors nécessaire pour étudier et s'assagir dans les meilleures conditions.
L'épître en question, dans les deux langues : http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/horace_epitresI/lecture/2.htm


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MessageSujet: Re: Les phrases latines.   Ven 20 Oct - 13:02

Le 19/10/2017 :

La phrase du 19-10-2017 : "Ibi deficit  orbis" soit "Ici finit le monde".  Selon la légende, on trouve cette inscription sur les colonnes d'Hercule.

Vous aurez compris que l'adverbe "ibi"se traduit par "ici". Le verbe "deficit" peut se traduire par "faillir" ou "manquer de", il a donné le mot français "déficit". Quant au dernier mot, il peut littéralement se traduire par "orbe" ou "disque", le concept d'orbis terrarum (disque de terre) était la représentation du monde chez les Romains.

Les colonnes d'Hercule doivent leur nom à leur origine mythologique selon laquelle Hercule, au cours de ses 12 travaux, a dû se rendre en extrême occident (l'ouest de l'Afrique). L'Espagne et le Maroc étaient alors liés par une immense montagne qu'on nommait Atlas (et qui soutenait le monde, les titans faisant souvent corps avec les éléments naturels auxquels ils étaient associés). Mais Hercule, tout bourrin qu'il était, au lieu d'escalader le mont pour parvenir de l'autre côté, aurait préféré fendre les roches pour se frayer un chemin. Il créa ainsi un passage entre la Méditerranée et l'océan Atlantique : le détroit de Gibraltar. Le mont Atlas fut divisé entre les deux continents et ses vestiges devinrent les colonnes d'Hercule.

Ce lieu était alors, dans l'histoire gréco-romaine et dans les mythes, la frontière entre le monde connu et civilisé et les vastes océans mystérieux et peuplés de monstres. Diodore de Sicile nous rapporte d'ailleurs une version de l'histoire selon laquelle le héros aurait fortement rapproché les deux continents, au lieu de les séparer, afin de protéger la Mer Méditerranée des monstres marins. En effet, dans l'imaginaire de l'Antiquité, les hautes mers étaient synonymes de danger et de mysticité, indomptées par l'homme ; c'est dans ce contexte que sont écrits les exploits d'Ulysse où ses aventures se font de plus en plus ésotériques au fur et à mesure qu'il s'égare au milieu des flots. L'Odyssée nous apprend, par exemple, que l'île de Calypso se trouve au-delà d'Atlas, dans ce monde des divinités, loin de la civilisation des hommes.

La navigation, qui est restée très rudimentaire chez les Romains avant d'avoir conquis la Grèce, consistait principalement à longer les côtes sans trop s'en éloigner. Les marins étaient alors souvent invités à être prudents et, aux colonnes d'Hercule, on parle d'une autre inscription les avertissant qu'il n'y avait plus rien au-delà : "nec plus ultra". On voit encore de nos jours, sur les armoiries de l'Espagne, les deux colonnes d'Hercule et la formule "plus ultra".

Armoiries d'Espagne :


Source bilingue (français et grec ancien) de Diodore de Sicile, paragraphe XVIII en français pour le passage sur les colonnes d'Hercule : http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre4a.htm#29
Extrait choisi :
Citation :
Nous allons nous arrêter un moment sur les colonnes d'Hercule dont nous venons de faire mention. Arrivé aux extrémités de la Libye et de l'Europe, Hercule érigea ces colonnes sur les bords de l'Océan. Pour laisser un souvenir immortel de son expédition, il rapprocha, dit-on, par une digue, les extrémités des deux continents, qui étaient autrefois très distants l'un de l'autre, et il ne laissa aux eaux de la mer qu'un passage étroit, empêchant les cétacés (29) de l'Océan d'entrer dans la mer intérieure : ouvrage immense, qui perpétua la mémoire d'Hercule. Quelques-uns prétendent, au contraire, que les deux continents étant joints, Hercule perça l'isthme, et forma ainsi le détroit qui fait aujourd'hui communiquer l'Océan avec notre mer (30). Chacun est libre d'adopter l'une ou l'autre de ces deux opinions.

Extrait de manuel de Latin 5ème (2010) sur l'orbis terrarum chez Magnard :
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MessageSujet: Re: Les phrases latines.   Lun 23 Oct - 17:43

La phrase du 20/10/2017 :
La phrase du jour : "incidis in Scyllam cupiens vitare Charybdim" qu'on traduirait en français par "tombant dans Scylla en voulant éviter Charybde". Il s'agit d'un vers de L'Alexandréide, un long poème épique écrit en latin par Gautier de Châtillon au XIIème siècle. À la façon de l'Énéide pour Énée et de l'Odyssée pour Ulysse, l'Alexandréide raconte les aventures d'Alexandre le Grand.

Charybde et Scylla sont deux monstres marins à proximité l'un de l'autre. On les situe généralement au détroit de Messine entre la pointe de la botte italienne et la Sicile, mais il est parfois question du détroit de Bosphore à Istanbul. Ulysse, durant son périple, doit voguer entre les deux monstres et, comme Charybde risquait d'engloutir complètement le navire, décide de passer par Scylla qui emporterait à coup sûr six de ses compagnons, un dans chacune de ses têtes. Ces créatures étaient une sorte de métaphore des marées et des récifs, dangereux en ce lieu. Comme j'en parlais dans la dernière phrase du jour, on voit les dangers des marins représentés par la monstruosité.

On retrouve une expression similaire, plus tard, chez La Fontaine qui parle de « tomber de Charybde en Scylla » et qui signifie « aller de mal en pis ». Mais selon le mythe, il serait plus correct de dire que l'on tombe de Scylla en Charybde. Selon le sens également puisque Charybde est un danger bien plus important que Scylla. On peut se douter que le poète a choisi de cette formulation pour la beauté du vers mais c'est ainsi, dans cette forme sémantiquement incorrecte, que l'expression nous est restée.

La citation de Cautier de Châtillon que je vous ai retrouvée dans ce livre ILLISIBLE pour vérifier la source, à la troisième ligne de cette page (XLII) : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k79177f/f83.image.r=Gautier%20de%20Ch%C3%A2tillon
Le poème de La Fontaine où on retrouve l'expression :
http://tempsreel.nouvelobs.com/abc-lettres/Vieille-deux-servantes/poeme.html

Charybde à gauche et Scylla à droite :
La phrase extraite de l'Alexandréide :
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MessageSujet: Re: Les phrases latines.   Mar 24 Oct - 4:48

La phrase du jour : « Aquilas non captat muscas » ou « Aquilas non capit muscas » qu'on traduit par « l'aigle n'attrape pas les mouches ». Il s'agit d'une citation grecque (« Ἀετὸς οὐ θηρεύει τὰς μυίας » ) rapportée et traduite en latin par Érasme dans les Adages en 1550. Cet auteur, figure emblématique de l'Humanisme, rapporte de nombreuses citations en latin et en grec ancien en les agrémentant d'un bref commentaire. Comme moi, quoi. Son œuvre finit par regrouper 4 151 adages et constitua une référence de la sagesse antique au XVIème siècle.
La phrase signifie que les personnes ayant de grandes responsabilités ne s'attardent pas à traiter des affaires minimes ou bien que ceux ayant un esprit élevé ne s'abaisse pas à de futiles considérations. Érasme nous mentionne l'existence de l'adage sans sa négation qui désignait alors une situation où des personnes importantes se préoccupaient de choses futiles.
Cette année, à la fête de l'Humanité, nous avons pu entendre un homme politique s'approprier cet adage (quelle meilleure occasion pour citer Érasme ?). Il s'agit de Benoît Hamon sur la question du refus de s'allier avec Jean-Luc Mélenchon :


Notons l'existence d'une autre locution partageant un sens similaire : «  De minimis non curat prætor. » qui signifie « Les juges ne s'occupent pas de petites choses ».

Vous retrouverez l'adage au numéro 2165 : https://jvpoll.home.xs4all.nl/back/Web/erasweb22.htm#ra2165_00856
En wikibook ici (page 1167) : https://tinyurl.com/y8d2enwj

Ma traduction personnelle du paragraphe d’Érasme ; je ne suis pas certain de la dernière phrase :
Ἀετὸς οὐ θηρεύει τὰς μυίας, c'est-à-dire : l'aigle ne chasse pas les mouches. Les grands hommes négligent les affaire sans importance. L'esprit élevé méprise les choses humbles. Ou bien les éminents savant s'attardent parfois sur les plus petits sujets. Les personnes concernées par les affaires très importantes ignorent celles dérisoires. L'adage est aussi rapportée sans la négation : Ἀετὸς μυίας θηρεύει, c'est-à-dire, l'aigle chasse les mouches, chaque fois que les affaires minimes sont les soucis des plus grands. L'une n'est pas différente de l'autre, voici ce que le théologue Gréogorius dit dans sa lettre à Eudoxe : Μὴ ἀνάσχῃ ἀριστεύειν ἐν τοῖς κολοιοῖς ἀετός, c'est-à-dire, Abstiens-toi d'être l'aigle jouant le premier rôle parmi les choucas.


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MessageSujet: Re: Les phrases latines.   Mar 24 Oct - 17:57

La phrase du jour : "Mala malus mala mala dat" c'est-à-dire « Un mauvais pommier donne de mauvaises pommes. » Un proverbe latin qui traduit la fatalité de la condition sociale à Rome : quand on naît de parents pauvres, on reste en bas de l'échelle sociale.

La phrase joue sur les parophonies voire les homophonies. On appelle « virelangue » ces phrases qui nous perdent, nous illusionnent par leurs sonorités. En français on trouve par exemple « Si ton tonton tond ton tonton, ton tonton tondu sera ».

Décortiquons la phrase, mot après mot :
« mala » : féminin de l'adjectif « malus, a, um » (mauvais) qui qualifie le mot suivant et s'accorde donc avec lui.
« malus » : « pommier », c'est un des rares noms de la deuxième déclinaison (malus, i) qui est féminin. Il est au nominatif, il s'agit du sujet.
« mala » : le même adjectif que précédemment, ici, à l'accusatif neutre pluriel et qualifie le mot suivant.
« mala » : il s'agit du nom neutre « malum, i » qui signifie « pomme ». Il est à l'accusatif pluriel, il s'agit donc d'un COD.
« dat » : le verbe « do, das, dare, dedi, datum », c'est-à-dire « donner » à la troisième personne du singulier, au présent.

Il faut noter que l'adjectif « măla » se prononçait avec un premier « a » bref, contrairement à « māla » (pluriel de « mālum », la pomme) qui prend un « a » long en première position. On ne peut donc peut-être pas parler de parfaites homophonies.

Il existe également un virelangue plus long qui s'appuie sur les mêmes similarités sonores, une sorte de forme supérieure de la phrase du jour :
« Malo esse malum malae mali malum bonis malis quam esse bonum bonae mali malum malis malis. »
On y trouve, en plus des mots déjà vus, le verbe « malo » (je préfère) et l'infinitif « esse » pour « manger » (on le distingue de l'infinitif du verbe être « esse » par la longueur du premier « e » : il est long pour le verbe « manger » et bref pour le verbe « être », ces différences sont guères perceptibles de nos jours.) On trouve encore le nom féminin « mala, ae », c'est-à-dire la mâchoire, les dents et l'adjectif « bonus, a, um » : bon. On peut traduire la phrase ainsi : «  Je préfère manger une mauvaise pomme d'un mauvais pommier avec de bonnes dents que de manger une bonne pomme d’un bon pommier avec de mauvaises dents. »

Un exemple de virelangue en chanson :
Les paroles pour y comprendre quelque chose : https://www.paroles.net/boby-lapointe/paroles-melie-melodie
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